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Décrire et partager mon expérience, mes réflexions sur les joies et les souffrances de l'enseignement. Dire et rechercher toujours ce qu'est le rapport élève-professeur, ce que sont la soif de connaissance et l'acte de transmettre cette connaissance, tels que je les ai connus et souhaite les connaître encore.

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Les options latin-grec en Collège, suite.

SAM 4125o               Ce qui fut le plus difficile, durant ces années d'information et d'initiation, c'est de trouver le temps, le bon moment pour parler du grec et du latin, pour faire des exercices de découverte. Il y eut, dans les années 70-80, une heure parfois prévue dans l'emploi du temps des élèves pour cela ; et ce fut précieux et productif, sauf quand cette heure fut assurée par un professeur autre que celui de lettres de la classe (cela arriva souvent), surtout si ce professeur était lui-même peu convaincu ou même défaforable à ces options.

                       Car il faut beaucoup de conviction, d'enthousiasme pour éveiller la curiosité d'abord pour ces langues ; pour faire comprendre à l'élève qu'il va aller aux sources de sa langue, de sa civilisation, et ainsi bâtir un socle pour toutes ses études. L'approche historique fut toujours déterminante : les grands événements, les grands hommes de la Grèce Antique et de Rome sont une mine de ressources pour susciter l'intérêt : le destin de Périclès, l'aventure de Platon et Socrate, les combats des Scipion pour la République, les conquêtes de César ... par exemple permettent une entrée lumineuse dans ces civilisations ; d'autant plus que les élèves adorent faire eux-mêmes des recherches, des exposés sur ces sujets, et qu'il faut les y encourager vivement. La documentation iconographique et filmique sur Athènes et Rome est en outre aujourd'hui immense : il faut varier le menu, puis, rapidement, ne pas hésiter à faire apprendre l'alphabet grec (qui passionne les élèves) et (ou) les innombrables racines latines qui structurent notre propre langue. Très tôt aussi, quand on peut (problème toujours du temps nécessaire, et de la volonté du professeur), il faut lire des poèmes (Homère et Tibulle par exemple), des extraits de Platon (l'Apologie par exemple) ou de Sénèque (passage des Lettres à Lucilius) - parmi tant d'autres -, et dire, faire sentir l'immensité, l'importance toujours reconnue des littératures grecque et latine ; et le miracle (encore à expliquer) de l'Athènes des Ve et IVe siècles avant J.C., qui inventa tout, miracle que Rome, éblouie, relaya et poursuivit pendant au moins cinq siècles pour le rendre finalement éternel. 

                       Oui, il y avait, il y a quantité de façons de pratiquer cette initiation, qui se fit longtemps en 6e, puis passa en 5e dans les années 90 environ, avant de n'être qu'une possibilité offerte au professeur dans l'horaire de français de la classe. Mais on pouvait encore faire le nécessaire, se battre pour ces options. L'essentiel est d'y croire soi-même (combien de professeurs de français peu favorables à ces options ai-je vus, hélas !) ; de croire qu'il faut dans l'étude, dans la formation du jugement et la construction des connaissances, toujours un   détour   pour arriver à ses fins ; et, dans nos civilisations méditerranéennes, indo-européennes, un des  meilleurs détours (ou le meilleur, selon moi) est l'étude du grec et (ou) du latin. Cette pédagogie du détour, qui paraît de prime abord faire perdre du temps (voyons, il faut aller directement à l'essentiel !), personne, je crois n'en a aussi bien parlé que Jaqueline de Romilly, pour moi vraie pythie, aujourd'hui disparue, hélas ! de ces cultures, soit dans des entretiens célèbres soit, par exemple, dans son livre de 1989, La Grèce antique à la découverte de la liberté : "Une telle image de la Grèce, avec son dynamisme inépuisable et sa passion pour transposer chaque expérience en idées, sans cesse enrichies et revues, explique la valeur formatrice de cette littérature - valeur que ceux qui la connaissent ne cessent de proclamer. Ils sont trop souvent mal entendus". Tout ce qui est important dans la formation des jeunes est d'abord détour, c'est à dire parcours de découverte, d'initiation, d'épreuves, de bases fondamentales pour arriver, par un chemin indirect, détourné, plus fort, plus ouvert, plus libre d'esprit au terme voulu de la formation, qu'elle soit scientifique ou littéraire. C'est sans doute cela la formation générale, la culture générale, les Humanités comme on disait, qui font les meilleurs techniciens, pédagogues ou dirigeants de la cité ensuite. Voilà une conviction indispensable pour croire et faire croire à l'irremplaçable rôle des options grec et latin dans l'éducation des collégiens.

                                Je poursuivrai plus tard l'exposé de mon expérience. En particulier, je dirai l'importance des réunions d'information, après les cours, avec les parents ; et celle des voyages d'étude, qui furent nombreux au Collège d'Ussel  durant les près de quarante années où j'y fus professeur de français-latin-grec.                     

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