Overblog Tous les blogs Top blogs Mode, Art & Design Tous les blogs Mode, Art & Design
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Décrire et partager mon expérience, mes réflexions sur les joies et les souffrances de l'enseignement. Dire et rechercher toujours ce qu'est le rapport élève-professeur, ce que sont la soif de connaissance et l'acte de transmettre cette connaissance, tels que je les ai connus et souhaite les connaître encore.

Publicité

Sur quelques livres traitant des difficultés aujourd'hui à enseigner ... Suite.

SAM 5584                                                        Le philosophe, professeur et journa-liste Alain Finkielkraut a souvent traité de l'école dans ses écrits, directe-ment ou indirectement, et plus souvent encore dans son émission "Répliques" sur France Culture chaque samedi matin. C'est par France Culture, d'ail-leurs, où je l'écoute régulièrement, que je l'ai surtout connu. La querelle de l'école, publié en 2007, retranscrit neuf de ces émissions, diffusées de 1990 à 2007, avec seize interlocuteurs. CSAM 5586e sont en général des spécialistes, du juriste Guy Carcassonne à l'économiste Jean-Claude Casanova, en passant par le sociologue François Dubet et le chercheur au CNRS Dominique Pas-quier ; tous autres étant des ensei-gnants du supérieur, à l'exception de deux : Marc Le Bris, instituteur et directeur d'école ; et Catherine Henri, professeur de français  dans un lycée parisien. Nous avons donc affaire à des personnes fort informées de la question traitée ; parfois même de si haut que le débat oublie les préoccupations et solutions du terrain pour des considérations abstraites ou trop personnelles. Natacha Polony, par exem-ple, cède à son goût des opinions et des tribunes télévisées, bien loin des analyses attendues ; Luc Ferry, ex-ministre de l'Education, malgré la clarté de ses positions sur les maux dont souffre l'école, perd son temps à se justifier face aux syndicats d'enseignants. Encore une fois, ces échanges pèchent par leur manque d'expériences et solutions concrètes. Heureuse-ment, Finkielkraut est toujours là pour les rappels à l'ordre, avec une fidélité remarquable à son propre diagnostic, à ses propres remèdes aux maux pointés du doigt.

                                           Avec constance et clarté, en effet, Alain Finkiel-kraut ramène toujours la discussion à quelques analyses et positions clés, avec lesquelles je suis le plus souvent  en accord.  Il défend, contre tout renoncement, la nécessité d'un culture générale classique, l'"héritage", dénonçant à cette occasion le réquisitoire de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, Les héritiers, les étudiants et la culture , paru en 1964, les illusions égalitaristes et politiques de Mai 68 n'ayant aucune grâce à ses yeux. Dès lors, la défense de la langue française, sans conces-sion aux modes (rap, internet, textos ...), est une priorité, contre ce qu'il appelle "l'ensauvagement de la langue". La perte des exigences est ensui-te accusée : exigences en matière de discipline (tous ses interlocuteurs conviennent d'un terrible dégradation de l'autorité dans l'école, au profit des violences et de l'écoute démagogique des élèves), d'autorité du maî-tre (qui renonce trop souvent ou n'est pas appuyé par sa hiérarchie), de sélection d'une élite par l'effort et le mérite, de qualité des contenus (contre les activités d'animation et le nivellement par le bas pour être com-pris de tous), d' indépenance des enseignants face aux pressions des parents d'élèves et des groupes politiques ou syndicaux.  

                          Tout cela séduit par la qualité de l'ambition pour l'école, et j'adhère à l'essentiel de ces positions. Toutefois, Finkielkraut est selon moi excessivement alarmiste, sans mesurer suffisamment les problèmes liés à la massification issue des années 60  et les progrès malgré tout réalisés (ainsi contre l'analphabétisme et pour l'accès aux études supérieures des enfants issues des familles modestes ou pauvres), comme le lui fait remar-quer, entre autres, le sociologue François Dubet. Finkielkraut me paraît donc  par trop pessimiste, par trop "élitiste" aussi. Sans doute la "barbarie" menace, ainsi qu'il le dit, mais il est partisan d'une sélection en collège se-lon moi trop précoce : sélectionner par l'échec dès 13 ou 14 ans par exem-ple n'aboutit le plus souvent qu'à mettre de côté les enfants défavorisés par la naissance et le milieu. Il faut laisser à tous davantage de temps et de chances ; mais d'accord pour ensuite mieux sélectionnet et orienter avant la fin du lycée. Au fond, Finkielkraut finit par concevoir une élite abusive ou fausse, socialement prédéterminée, malgré sa bonne foi et sa demande d'une élite légitime. François Dubet définit parfaitement, je crois, cette juste sélection : " Le système étant sélectif, je considère que les modes de sélec-tion seront d'autant plus acceptables, d'autant plus justes, d'autant plus ef-ficaces et permettront aux élites d'occuper des positions légitimes, si ce système a la capacité d'offrir à tous les élèves, c'est à dire y compris aux plus faibles d'entre eux, un minimum de connaissances, de savoirs, de com-pétences, de culture générale qui leur permettra d'être des citoyens occu-pant honorablement leur place dans la société".  Hélène Merlin-Kajman, pro-fesseur de littérature française à la Sorbonne, enfonce le clou en la ma-tière : " On est en train de former des élites aussi incultes et brutales que les autres acteurs sociaux".

                                       Au total dnc, en dépit de la réserve que je viens de formuler, je partage les exigences pour l'école d'Alain Finkielkraut. Et mon expérience de professeur de collège pendant 37 ans m' a conduit le plus souvent aux choix, aux convictions de Finkielkraut, comme à ceux et celles de Mme de Romilly.

                                       Quant au livre de Jean-Marie Schaeffer, paru en 2011, Petite écologie des études littéraires, il me paraît apporter peu au débat sur l'école et aux remèdes attendus. Déjà, reçu sur France-Culture en mars 2011, il affirmait qu'il faut aller au-devant des désirs, des attentes des élèves (cette position démagogique qui consiste à satisfaire avant tout les élèves, à faire et dire ce qu'ils demandent ..., estimant que le savoir naîtra d'eux d'abord et non du maître ...) ; ce sur quoi je ne suis pas d'accord, sans prétendre pour autant, bien sûr, qu'il ne faille pas écouter les élèves. Son livre, lui, est surtout celui d'un chercheur du CNRS, amateur de statis-tiques et de raisonnements bavards sinon jargonants, qui contournent la réalité de l'école. Il écrit par exemple : " La poésie manifeste de manière particulièrement claire cette transformation de l'économie de traitement des informations, puisqu'elle focalise l'attention sur des propriétés qui n'ont, en dehors de son champ, qu'un lien purement conventionnel avec le "conte-nu". La même logique est d'ailleurs inhérente à l'ensemble du champ que Gérard Genette  appelle la "diction" : le surinvestissement "formel" est le mode opératoire proprement esthétique de tout texte non fictionnel (même si la lecture d'un texte de fiction mobilise bien entendu elle ausi, outre la composante mimétique, sa composante "dictionnelle")". Il semble que Dia-foirus ne soit pas loin dans ce traité de technicien avant tout. Dommage. De plus, J.M.Schaeffer pratique un optimisme de mode sur les progrès de la modernité et contre le pessimisme actuel ("les déplorateurs et autres décli-nologues" dit-il) : "Bref, ce n'est que si l'on identifie la culture littéraire avec sa délimitation ségrégationniste que l'on peut parler de crise de la littéra-ture". Dommage, donc, selon moi, car quelques idées fortes (sur la lecture par exemple) sont gâchées par le souci d'afficher sa langue de spécialiste-chercheur ; et par le seul souci du philosophe structuralisant de s'interro-ger, avec moult citations et références savantes, sur les fondements des sciences humaines et des études littéraires - de façon abstraite et générale le plus souvent. 

                           Mais tous les écrits sur l'école sont riches d'enseignements. Ceux de Philippe Meirieu, de Hamon-Rotman (Tant qu'il y aura des profs, 1984), de Baudelot-Establet (Le niveau monte, 1989), et de tant d'autres que je n'ai pas lus. Ph. Meirieu, que j'ai peu lu, a eu une grande influence dans les années 90, où il fut, entre autres, collaborateur du ministre de l'Educa-tion Claude Allègre. Sa défense de l'hétégénéité des classes et de l' autono-mie des élèves a de bons aspects, mais elle sombre vite dans une démago-gie au service de l'élève héritée de Freinet. Cependant, l'écoutant sur Fran-ce Culture le 12 mai 2013, j'approuvai son affirmation d'une recherche de l'excellence dans toutes les formations et métiers, du polytechnicien au boulanger. De même, j'approuvai alors, à condition que l'on s'en donne les moyens, sa demande de "classes républicaines mélangées" , où on ne choisit pas avec qui on est, par opposition aux écoles communautaires ou privées/payantes, comme aux USA par exemple. Enfin, sa position toléran-te, non "manichéenne", disait-il, sur le sujet public-privé eut aussi mon ap-pobation.                                                                                                              Hervé Hamon et Patick Rotman produisirent une bonne enquête de journa-listes en 1984 ; un bon état des lieux médiatisé surtout par la télévision. Même tableau concret et utile, en 1989, chez les deux professeurs d'Univer-sité, Christian Baudelot et Roger Establet, mais leur optimisme envers et contre tout pèche par son systématisme et le goût du paradoxe, malgré leur bonne volonté face à la massification mise en oeuvre dans l'Education Na-tionale, du Collège à l'Université.  

                              Ces lectures ont éclairé, bien sûr, mes vues et affermi mes positions, mais sans les changer vraiment, car elles étaient établies depuis longtemps, après, disons, une dizaine d'années d'enseignement en collège . Je me propose une prochaine fois de les résumer en quelques mots. 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article