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Décrire et partager mon expérience, mes réflexions sur les joies et les souffrances de l'enseignement. Dire et rechercher toujours ce qu'est le rapport élève-professeur, ce que sont la soif de connaissance et l'acte de transmettre cette connaissance, tels que je les ai connus et souhaite les connaître encore.

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Sur quelques livres traitant des difficultés aujourd'hui à enseigner, suite.

SAM 5688                                         Je reprends aujourd'hui, à la suite du 9 juin de cette année, l'examen annoncé de quelques livres sur l'éducation. Je parlerai ici des publications, de 1954 à 1968, d' Hannah Arendt, regroupées sous le titre : La crise de l'éducation ; et parues en 1972 pour la traduction française. Je n'évoquerai que les chapitres suivants : La tradition et l'âge moderne, Qu'est-ce que l'autorité ?, Qu'est-ce que la liber-té ?, La crise de l'éducation, La crise de la culture ; car j'ai lu cet écrit célèbre d'H. Arendt  en prêtant une attention particulière aux chapitres qui pouvaient éclairer, étayer ma propre expérien-ce de professeur de Collège pendant trois décennies; et je l'ai lu assez tar-divement,l'ayant surtout découvert dans l'émission "Répliques" d'Alain Fin-kielkraut, qui se réfère à Arendt fréquemment et depuis longtemps. 

                                         Hannah Arendt traite des problèmes d'autorité, liberté, éducation, culture avec un grand souci de rigueur historique et "phi-losophique", capable de mettre hors du temps et des modes les analyses qu'elle propose . D'où l'immense intérêt de son étude, qu'il est difficile de ne pas juger remarquable et désormais indispensable ; surtout, je crois, pour son analyse du concept d'autorité et de la crise qu'elle décrit. 

                                      Pour ce qui est de la perte de l'autorité, telle au moins que la concevaient les Grecs puis les Romains, dans la cité, dans l'état et dans la formation des jeunes (l'éducation, quoi) - et des conséquences dans le monde d'aujourd'hui - , H. Arendt convainc totalement selon moi. Surtout quand elle lie cette perte, aux USA d'abord, à la perte de pou-voir des enseignants, très mal formés et soumis à la tyrannie de : l'enfant a toujours raison, nous sommes à son seul service, nous devons, comme maîtres, nous soumettre à ses desiderata et aux demandes du groupe dans la classe.  Je partage d'autant plus cette analyse que j'ai vécu moi-même ces pressions catastrophiques, et que je les ai combattues pendant des an-nées. H. Arendt a le courage de revendiquer, pour l'éducation, une attitude traditionnelle, attachée à l'indispensable et forte autorité du professeur ; au-torité qui naît d'abord de la solidité de son savoir et de la confiance qu'il manifeste lui-même pour les connaissances transmises par les générations successives depuis l'Antiquité.  

                                H. Arendt différencie parfaitement la compétence faite de savoirs et connaissances de cette transmission de savoir-faire  pragmati-ques où règnent l'animation (le professeur animateur), sinon les activités de loisirs.  Distinction oh combien !  toujours  d'actualité  dans  les  établisse-ments scolaires.  Sa vision aussi de la société de consommation est claire et prémonitoire : la consommation des biens culturels n'est pas culture, elle détruit même la culture. Je suis moins d'accord, toutefois, avec son pessi-misme total ici, quand elle écrit,  dans  le  chapitre  La  crise de la culture  : "Croire qu'une telle société deviendra plus "cultivée" avec le  temps  et  le travail de l'éducation est, je crois, une erreur fatale."  

                              Quel magnifique éloge de la beauté aussi, dans le même chapitre : " La grandeur passagère de la parole et de l'acte peut durer en ce monde dans la mesure où la beauté lui est accordée. Sans la beauté, c'est à dire sans la gloire radieuse par laquelle une immortalité potentielle est ren-due manifeste dans le monde humain, toute vie d'homme serait futile,et nul-le grandeur durable." Enthousiasme tout platonicien ! qui culmine dans sa lumineuse interprétation du mythe ou parabole de la caverne, dans le cha-pitre sur l'autorité, comme fondement de la théorie politique dans La Répu-blique.  Et encore, dans ce chapitre sur la culture, une belle approche du goût, chez "le spectateur qui juge" : " Faute d'un meilleur mot pour dési-gner les éléments composants d'un amour actif de la beauté, qui permettent de discréminer, de distinguer, de juger - ce philokalein met'euteleias dont parle Périclès - j'ai utilisé le mot "goût" (...) le phénomène du goût, compris comme une relation active au beau." Le chapitre se conclut par un acte de foi en Platon et en l'humanisme qui en suivit : " "Alors nous saurons répon- dre à ceux qui si souvent nous disent que Platon ou  quelque  autre grand écrivain du passé est dépassé ; (...) Platon peut pourtant être de meilleure compagnie que ses critiques. En toute occasion, nous devons nous souve-nir de ce que, pour  les  Romains (...) une  personne  cultivée  devait  être : quelqu'un qui sait choisir ses compagnons parmi les hommes, les choses, les pensées, dans le présent comme dans le passé." Bravo Hannah Arendt !

                                              Je finirai ce court examen par une réserve. A-rendt me paraît vraiment exagérer quand elle subordonne, dans Qu'est-ce que l'autorité, toute la philosophie platonicienne - du beau, du bien - à sa théorie politique de La République. Elle me semble négliger, sinon compter pour peu l'inégalée maïeutique socratique, le génie et la poésie des concep-tions de l'amour, de la vertu ..., tels que les expriment, notamment, Le Ban-quet, Le Phédon, Le Phèdre. C'est pour cela aussi ou d'abord que Platon a écrit ses Dialogues ; et qu'il est merveilleux et ne saurait être "dépassé".

 

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