Décrire et partager mon expérience, mes réflexions sur les joies et les souffrances de l'enseignement. Dire et rechercher toujours ce qu'est le rapport élève-professeur, ce que sont la soif de connaissance et l'acte de transmettre cette connaissance, tels que je les ai connus et souhaite les connaître encore.
J'examine ici - mais je reviendrai sûrement sur ce sujet essentiel, que j'ai déjà évoqué précédemment - le problème de l'autorité d'un enseignant dans sa classe ; et, d'une façon plus générale dans ses relations avec les élèves, quelle que soit l'activité concernée : cours, rencontre dans l'établissement, visite, voyage ... Je pense en effet que l'autorité que l'on réussit ou non à imposer (le verbe est dur mais dit bien l'exigence) est un élément global de la relation avec les jeunes ; et qu'il est impossible à mes yeux, voire nuisible, d'exercer une autorité active en cours par exemple et d'y renoncer ensuite, face aux mêmes personnes, dans d'autres circonstances, sous prétexte par exemple qu'on n'est plus dans une relation strictement pédagogique. Les élèves alors, j'ai constaté, comprennent mal ou pas du tout ce changement, ce relâchement , et les plus "remuants", comme on dit, s'engouffrent vite dans cette brèche, qui pourra menacer tout retour à une pratique nécessaire de l'autorité. Néanmoins, bien sûr, cette autorité ne doit pas s'exercer de la même façon dans une salle de cours et pendant un voyage d'une semaine à Rome ou Athènes (pour prendre ces situations que j'ai vécues plusieurs fois) : ce type de voyage requiert que l'on sache accepter des relations plus détendues capables d'accompagner la grande joie née d'une activité nouvelle à caractère ludique aussi, sans familiarité mais avec moins de formes. Cependant, puisque je parle ici de voyages longs et lointains, une autorité doit toujours rester, celle qui garantit la sécurité indispensable et le profit même du voyage que l'on espère pour la jeune personne (ainsi savoir d'un mot, d'un geste imposer écoute et silence quand un adulte donne une explication, un commentaire sur un site, une oeuvre rencontrés ...).
Mais revenons au problème de l'autorité dans une classe, que l'on peut appeler également, je pense, mise en oeuvre d'une discipline, d'une conduite avec des règles connues des élèves. Sans doute faut-il un certain temps, peut-être des années, pour savoir imposer à une groupe l'autorité ferme sans laquelle, selon moi, aucun apprentissage sérieux n'est possible ; et j'ai pu observer moi-même des professeurs stagiaires faisant en la matière des progrès conséquents en quelques mois. Pourtant je pense aussi que l'autorité s'apprend peu (même si conseils des plus anciens, stages de réflexion sur le sulet sont utiles bien sûr), et qu'elle est avant tout affaire d'un tempérament, sinon naturelle. D'autres diraient qu'elle s'exerce et ne se décrète pas ; et que les personnes naturellement autoritaires se voient vite (et les élèves les voient très vite !), et qu'elles ont peu besoin d'en faire pour être autoritaires justement. A ce propos, je tombai récemment sur une citation du général de Gaulle, extraite de ses Discours et messages pendant la guerre : " Rien ne rehausse l'autorité mieux que le silence ...". Oui, je crois, et il faut éviter de multiplier les rappels à l'ordre, il faut éviter de lancer des "Taisez-vous !" tout en continuant de pérorer dans le bruit et le désordre : un ou deux (selon l'élève) rappels à l'ordre, puis sanctionner définitivement en fonction de règles de conduite clairement connues des élèves (ou même qui ont été dictées en début d'année par le professeur, dans un contrat réciproque (j'ai opéré de la sorte plusieurs fois moi-même, et je donnerai ici peut-être, une autre fois, un contrat type du comportement des élèves dans une classe).
Contrairement aux tenants du laisser-faire, de la grande tolérance vis- à -vis des jeunes dans une relation pédagogique (qui est aussi éducative, mais cela pourrait être un débat ...), du refus même de l'autorité dénoncée comme opprimante ou anti-éducative (il y a eu, il y a même des mouvements pédagogiques pour théoriser cela), j'affirme que l'exercice d'une autorité claire, ferme, expliquée si nécessaire, est indispensable à la vie d'une classe, à son aptitude à développer des démarches d'apprentissage, à sa capacité de recevoir des connaissances et de participer à l'échange pédagogique. Oui, cela paraît parfois sévère ou un peu rigide, mais l'élève doit vite savoir qui commande dans la classe. Cela n'exclut nullement la gentillesse dans les rapports, le franc rire même, dès lors que des limites ont été nettement posées. D'ailleurs quantité de parents, de professeurs et d'élèves vous disent que le jeune réclame lui-même ces règles, ces limites claires ; et qu'il en a besoin pour devenir adulte, surtout si chez lui ne s'exerce aucune autorité ou que sa situation sociale fait, comme on entend, qu'il est abandonné à lui-même. Il est donc coupable, criminel presque de ne pas imposer une autorité (mais j'ai déjà fait entendre qu'elle s'impose assez naturellemnt ou qu'elle n'est pas), bien qu'il faille la doser, en fonction au moins du type d'élèves et de situations, et que ce n'est pas aisé, c'est vrai. Imposer un silence (trop) rigoureux peut par exemple figer une classe et l'empêcher, par peur ou par représailles, de répondre, de participer.
Inutile de dire donc que j'ai moi-même rencontré des difficultés, que j'ai parfois tâtonné avant de trouver un rythme, quoique je me sois attaché, dès les premiers jours d'une année scolaire, à montrer, rudement parfois, ce que je tolérerais et ce que je ne tolérerais jamais. Avec le temps, j'ai compris la force et la vérité du proverbe latin parfois compris à tort comme une tyrannie exercée sur les jeunes : "Qui bene amat bene castigat" (qui aime bien châtie bien).
Sans doute proposerai-je donc bientôt un exemple de contrat de comportement signé par les élèves (et leurs parents, pour prise de connaissance) ; et des exemples où j'ai eu vraiment du mal à exercer l'autorité voulue, à faire se tenir bien des élèves, ainsi qu'on peut le dire également.