Décrire et partager mon expérience, mes réflexions sur les joies et les souffrances de l'enseignement. Dire et rechercher toujours ce qu'est le rapport élève-professeur, ce que sont la soif de connaissance et l'acte de transmettre cette connaissance, tels que je les ai connus et souhaite les connaître encore.
C'est un bien vaste sujet que celui de "l'intelligence", et il ne serait être question de traiter ici du concept philosophique, notamment de ces liens avec l'épistémologie, c'est à dire les théories et méthodes de la connaissance. Il s'agira d'examiner en quoi les termes intelligence, intelligent/-te ont un rapport quasi permenent avec la pédagogie et les jugements que le professeur est amené à émettre sur les élèves, ou qu'il a tout simplement de ses élèves. Ces termes d'ailleurs sont régulièrement employés par les personnels d'enseignement ; abusivement souvent, surtout s'ils l'utilisent par écrit (par exemple dans un bulletin d'élève). Utilisation dans ce cas que j'ai moi-même toujours refusée pour parler d'un élève ; et que j'ai plusieurs fois reprochée à des collègues, parfois dans une discussion animée, rude.
Je vais m'expliquer sur ce refus justement. Bien sûr, on peut toujours se dire, pour justifier cette utilisation, que, depuis Platon au moins, l'intelligence est tout simplement la "nous", la capacité supérieure de l'âme d'accéder aux "idées", niveau absolu du bien et du bon, et but de la philosophie et des philosophes. Et, dès lors, on met si haut l'intelligence qu'on la rend inutilisable dans le langage courant. Plus pratiquement, comme le disent les dictionnaires aussi - et les psychologues et philosophes modernes : Spearmann, Claparède, Hartmann ... - , on peut définir l'intelligence comme la capacité de concevoir des solutions pratiques pour s"adapter aux situations (surtout nouvelles) ; ce qui implique vite que les individus les plus intelligents sont ceux qui s'en sortent le mieux, ceux qui réussissent, ceux qui sont riches ... , et on voit vite les problèmes que soulève une telle définition. On peut aussi, tout simplement si j'ose dire, rapprocher l'intelligence de la raison et de l'imagination - qui, après tout sont des biens communs à tous les hommes bien portants - , comme le fait Victor Hogo : " La raison, c'est l'intelligence en exercice ; l'imagination, c'est l'intelligence en érection".
Néanmoins, de mon expérience d'enseignant, et de ma conception des rapports entre les hommes finalement, je persiste à penser qu' intelligence, intelligent/-te sont des termes qui doivent être proscrits pour qualifier un être humain, et a fortiori un élève. Je me suis expliqué avec les élèves eux-mêmes là-dessus plusieurs fois ; et plusieurs fois, écoutant leurs opinions,débattant avec eux, je les ai étonnés, choqués par ma position.
Pour m'expliquer enfin, je propose de partir de cette position du philosophe Alain, dans ses Cahiers de Lorient : "Si on ne suppose pas que les hommes ont tous la même intelligence, et l'ont toute, il n'y a plus ni vérité ni erreur".
A suivre S.V.P.