Décrire et partager mon expérience, mes réflexions sur les joies et les souffrances de l'enseignement. Dire et rechercher toujours ce qu'est le rapport élève-professeur, ce que sont la soif de connaissance et l'acte de transmettre cette connaissance, tels que je les ai connus et souhaite les connaître encore.
Je poursuis ici, après l'article du 15/01/10 : Réapprendre le français ... un examen des cours de français que j'ai pu donner récemment à des étrangers, en Catalogne espagnole.
Cette expérience avait commencé pour moi en 2008, mais c'est au début de cette année que j'ai découvert l'intérêt propre à ces cours, en comparaison des cours donnés à un groupe de 15 à 18 personnes.
Pendant deux mois, j'ai dû faire des cours de conversation française à une jeune femme venue d'Amérique Latine, installée en Catalogne, qui a vite montré son intérêt, sa passion même pour les langues vivantes, anglais, français et italien surtout. Ayant déjà étudié le français, elle partait d'ailleurs d'une niveau honorable de connaissance - orale surtout - de cette langue.
J'avais le souvenir précis de cours particuliers que j'avais déjà donnés dans les mêmes conditions - à un adolescent catalan, puis à une jeune Cubaine -, et je restais déçu de cette expérience : je ne retrouvais ni l'animation, ni la variété, ni la forte volonté d'apprendre que j'avais connues avec les groupes de travailleurs en formation continue d'entreprises ; je m'étais un peu ennuyé face à un seul élève : les échanges permanents, le nombre auquel j'ai toujours été habitué manquaient. Le groupe crée une atmosphère de vie, une chaleur, une joie même que je croyais impossibles avec des cours particuliers.
Eh bien ! la relation pédagogique que j'ai eue avec la jeune personne venue d'Amérique Latine, donc, m'a conduit, et j'en suis heureux, à changer mon jugement sur les cours particuliers.
Il est clair, d'abord, que le face-à-face permanent change les choses, et qu'il faut admettre que l'on aura exclusivement à s'occuper des besoins et problèmes de cet élève unique, sans relais possible, sans pouvoir naviguer, questionner, comparer d'un élève à l'autre, comme avec un groupe. Il faut plusieurs cours pour l'admettre, accepter cette proximité, et transformer en avantage ce qui paraissait un poids.
Peu à peu, on découvre le plaisir de répondre à des besoins précis, ponctuels ; on voit exactement comment avancer, sans la dispersion et la précision personnelle moindre qu'implique un groupe. Les corrections (vocabulaire, tournures, prononciation ...) sont mieux ajustées ; comme sont obligatoirement mieux ajustés les contenus, notamment par rapport aux demandes de l'élève - ce qui est difficile ou impossible à faire avec un groupe. Il est plus facile également de prêter une écoute minutieuse à la prononciation, dont on corrige plus minutieusement aussi les défauts. Il me semble au total qu'on avance plus vite dès lors ; et qu'on peut se permettre des révisions plus fréquentes, exactement calées sur les problèmes, les difficultés de l'élève. Rapidement, en fait, on a la satisfaction, au moins, de pratiquer une pédagogie personnalisée et efficace.
Il est évident aussi que la relation humaine, dès lors que l'on a dépassé le stade de ce face-à-face fatalemnt répétitif et solitaire, se développe plus facilement. Quand on connaît mieux, que la confiance naît, la conversation (qui reste une conversation française du reste) a la possibilité d'aller vers les goûts, l'expérience vécue, le métier, les loisirs, les motivations, les opinions même ; et cela est un enrichissement que le groupe permet rarement.
Finalement se développe une relation humaine plus étroite et donc plus gratifiante. Le rire devient alors aisé, et comme toujours il aide au travail ; même si, bien sûr, la variété, la circulation de ce rire sont moindres qu'avec un groupe. Ce n'est pas le même rire ; il est plus proche, on peut l'expliquer, le développer, lui donner un visage ...
Oui, ces cours particuliers, on l'a compris, ont ravi mon goût d'enseigner le français à des étrangers, en triomphant en quelque sorte de mes préjugés sur ce type de cours ; et en me faisant découvrir un autre rapport, une autre méthode, une autre richesse humaine. Désormais, je suis dans le désir de revivre cette expérience pédégogique, pour laquelle je suis reconnaisant, qu'elle le sache, à mon élève de février-mars-avril derniers.
Cet enrichissemnt humain, né d'un échange avec un adulte, je ne l'ai vraiment connu, dans le métier d'enseignant, qu'avec quelques collègues, bien sûr ; mais aussi, de façon plus surprenante peut-être, avec les parents d'élèves - dont j'ai prévu de parler.