Décrire et partager mon expérience, mes réflexions sur les joies et les souffrances de l'enseignement. Dire et rechercher toujours ce qu'est le rapport élève-professeur, ce que sont la soif de connaissance et l'acte de transmettre cette connaissance, tels que je les ai connus et souhaite les connaître encore.
Si donc, comme je le pense, "l'intelligence" est au départ la même pour tous, hors toute anomalie à la naissance ou incident de la vie, comment se fait-il que, élevés dans des conditions sociales comparables et bénéficiant des mêmes enseignements, deux élèves développent des capacités différentes, obtiennent des résultats intellectuels franchement différents ?
J'ai indiqué précédemment quel rôle déterminant, selon moi, jouent la volonté et le courage, la capacité de travail, la ténacité. Néammoins, l'observation de ces différences entre deux élèves de ce type m'a conduit souvent à penser qu'il pouvait, au départ, biologiquement, y avoir des différences conséquentes. Bien sûr, je ne suis pas du tout versé dans les sciences de la physiologie et des performances du cerveau, et donc ce que je vais avancer est pure proposition pour éclairer les différences dans le développement intellectuel d'élèves ayant au départ les mêmes bagages naturel, familial, social et scolaire.
L'activité intellectuelle, en classe comme dans la vie, se manifeste essentiellement, on l'observe, par la capacité de la mémoire ; la capacité de mettre en relation les informations de cette mémoire pour comparer, lier, analyser, déduire et concevoir des relations nouvelles entre les données de la connaissance acquise ; la rapidité plus ou moins grande avec laquelle s'effectuent ces opérations ; la résistance à la fatigue. Le fonctionnement "mécanique", "biologique" du cerveau est alors sans aucun doute directement concerné. Il semble clair que le nombre des cellules cérébrales, la qualité de leurs connections (solidité, vitesse ...) entrent alors en jeu. On parle dans ce cas d'un élève plus ou moins attentif, plus ou moins vif, plus ou moins créatif, plus ou moins brillant par sa mémoire, plus ou moins résistant à la fatigue notamment. Cette biologie du cerveau, donnée génétique, est peut-être, ou sûrement, ce qui va faire que même si je continue à penser que "l'intelligence" est au départ la même pour tous, c'est dans la biologie du cerveau qu'elle va ensuite pouvoir se développer différemment, même donc si les bases sociales et scolaires sont identiques.
Il me faut en conséquence revoir ou nuancer mes affirmations précédentes sur "l'intelligence" et son égalité chez chacun des êtres humains. Je persiste à penser que la capacité intellectuelle de chacun est identique à la naissance (hors toute pathologie, toujours, bien sûr) ; mais l'organisation des neurones diffère sûrement, ainsi que diffèrent la forme finale de tous les organes et membres, ce qui fait que chaque individu est unique. Il faut donc admettre que sur une base biologique identique, avec des acquis familiaux, sociaux et scolaires identiques, le développement intellectuel de chacun pourra différer, et laisser croire alors que les "intelligences" sont différentes aussi. J'admets, oui, cette différence, et j'admets également que pour beaucoup il est plus simple, plus clair de dire que ce sont les "intelligences" qui ne sont pas les mêmes chez les individus. Pour ma part je m'y refuse, d'autant, je l'ai dit, que l'activité du cerveau, des neurones peut être (doit être) développée, agrandie par des exercices permanents, ceux pratiqués pendant l'éducation et la scolarité étant fondamentaux. On peut dès lors rapprocher les capacités fonctionnelles du cerveau chez des élèves bénéficiant des mêmes conditions cognitives. De plus, que sait-on vraiment des différences biologiques, génétiques des cerveaux à la naissance puis à l'âge adulte ? On continue à chercher, et l'autopsie ou les mesures de grands cerveaux, comme ceux de Hugo ou Einstein, n'ont rien apporté de décisif en la matière.
Oui, nous avons tous même "intelligence" à la naissance, même potentiel intellectuel : c'est le contexte et la formation qui feront les différences ; différences souvent immenses ensuite, qui produisent les inégalités sociales et les prétentions à une supériorité que l'on sait. D'ailleurs, si l'on insiste définitivement sur le rôle des différences génétiques du cerveau et de ses neurones, on peut vite tomber dans une autre croyance, ô combien funeste ! celle qui voit ces différences essentielles dans la race. Cette piste fatale me conforte dans mon opinion de départ, même si je viens de la nuancer par une réflexion sur les données biologiques.
Ce qui, encore une fois, ne clôt, bien évidemment, ni le sujet ni mes propres réflexions nées de mon expérience d'enseignant.
Je me propose, la prochaine fois, de livrer quelques réflexions ou croyances sur les notions, mises en parallèle, de progrès matériel et progrès moral ; toujours en rapport avec mon métier d'enseignant.